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Tribune proposée pour les pages "Rebonds" de Libération, le 11 octobre 2007, signée par Adeline Hazan, secrétaire nationale du PS, et Gilles Bon-Maury, président d’HES, en réaction à l’article publié le 8 octobre par Séverine de La Taille et Alain Toucas sous le titre "Le mariage homo légalisé de fait"
 
L’ouverture du mariage aux couples de même sexe et la reconnaissance de l’homoparentalité sont les prochaines étapes d’une marche qui a débuté dès les années 1960, qui a conduit à la fin de la répression des homosexuels en 1981 et au pacs en 1999. Elle sera poursuivie jusqu’à l’égalité réelle entre tous les couples. Et nous savons qu’au-delà de cette égalité formelle, il nous faudra lutter longtemps contre l’homophobie à l’école, au travail, dans la rue, en France et partout dans le Monde.
 
L’ouverture du mariage aux couples de même sexe et la reconnaissance de l’homoparentalité ont fait l’objet de propositions de loi déposées par les socialistes à l’Assemblée nationale. La gauche les a déjà mises en œuvre dans plusieurs pays européens. Elles comptaient parmi les mesures du pacte présidentiel de Ségolène Royal. Elles traduisent notre volonté de faire triompher les valeurs de notre République laïque : la liberté de choisir sa vie, l’égalité entre tous, la volonté de vivre ensemble.
 
La droite réserve le mariage aux hétérosexuels. Elle propose de ne réserver la protection qu’il apporte qu’aux enfants élevés par un homme et par une femme. Nous n’oublions pas que des centaines de parlementaires de la majorité se sont engagés à s’opposer à tout projet d’ouverture des institutions de la République aux couples de même sexe et à leurs enfants. Nous n’oublions pas que Christian Vanneste, condamné pour homophobie, représente l’UMP à la commission des lois de l’Assemblée, et qu’il sera le candidat de l’UMP aux prochaines élections municipales. Et nous n’oublions pas que ce sont les amis de l’UMP qui sont responsables des difficultés vécues par les lesbiennes, gays, bi et trans dans plusieurs pays d’Europe. Qu’en cette matière, le projet socialiste ait devancé les promesses du candidat de la droite, cela n’a pas surpris.
 
Il s’agit d’adapter notre République aux évolutions de notre société. Il s’agit de tordre le cou aux conservatismes. Il s’agit de mettre en œuvre le principe de l’universalité des droits dans un Etat laïc. La gauche est bien de gauche et la droite est bien à droite. Ce qui est surprenant, c’est d’apprendre, le 8 octobre dernier dans les colonnes de Libération, que le mariage entre couples de même sexe serait « légalisé de fait ». Sous les plumes d’une notaire et d’un avocat, la suppression des droits de succession viendrait clore un cycle de réformes discrètes dont l’alignement juridique du pacs sur le mariage serait le résultat. C’est oublier que le mariage reste un critère discriminant pour la reconnaissance des liens de parentalité, pour la possibilité de procéder à une adoption conjointe, pour le droit au séjour d’un conjoint étranger.
 
La vertu éducative de la loi a ici autant d’importance que sa fonction strictement juridique. Modifier la situation de droit des LGBT par petites touches camouflées n’est pas le meilleur moyen de transformer leur situation de fait. C’est en ayant le courage de montrer aux Français que la République protège tout le monde avec les mêmes institutions que l’on parviendra à disqualifier les discriminations et les violences que connaissent les LGBT. En Espagne, ce courage, Zapatero l’a eu. La loi a donné de l’élan à un mouvement de l’opinion publique qui n’attendait, pour changer, qu’un acte politique fort.
 
Le seul symbole de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe est immense. L’urgence, en politique, c’est de permettre à chacun de rester en vie. Rester en vie, cela veut dire écarter les risques de suicide, disqualifier les violences, rester vigilant face aux maladies sexuellement transmissibles. Cela doit donc passer par un message simple : la valeur d’un individu ne se mesure pas à l’aune de sa sexualité ; la société traite chacun à égalité ; tous les couples ont les mêmes droits ; les institutions de la République sont ouvertes à tous.
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